|
Cobiath - Preface - Table des matieres - Intro - Partie 1 - Partie 2 - Partie 3 - Partie 4 - Biblio |
|
TROISIEME PARTIE Etude
détaillée des chapelles |
|
Chapitre
I Chapelles simples |
L’appellation se prête à diverses interprétations. Est-ce un terme arabe?
Quel en est le sens? De provenance syriaque? Qu’est-ce qu’il peut signifier?
Certains ont voulu y voir le souvenir lointain de quelque famille franque
(Monguise)...
Mr. Hassan Sarkis, dans sa “Contribution” a eu l’idée, quoique d’une façon
évasive, de s’interroger si Menjez pouvait correspondre à la Maïza des textes assyriens.
Si la proposition correspondait à la réalité, le site appelé “Al Mahallat”, aux
confins occidentaux de Chouita, trouverait sa signification et l’énigme de
l’antique et immense nécropole de Ghozrata serait dévoilée.
D’autres ont rapproché Menjez de Némésis, la déesse de Maqam - er Rabb,
temple situé aux environs de Naba’ - Aj Jaalouk. La correspondance phonétique
est fort acceptable[1].
Le Felicium
Ø
Le nom
“Ego, Raimundus, Comes Tripoli... dedi... et Felitum et Lacum “, corrigé
dans la même charte de 1142 par “Felicium et Lacum”. Les deux châteaux et
toutes leurs dépendances ont été acquis, moyennant mille besants, de Gilbert de
Puy - Laurens[2].
Le Felicium, quel sens a-t-il? Le nom est-il latin? La langue classique
possède l’adjectif felix; (heureux), il n’y a pas de felicium. Revient-il,
alors, au bas latin, ou bien est-ce un nom propre antérieur adopté par les
Francs?
Le Felicium a été reconnu dans les restes du château dit “Qala’at el
Felis”. Dans ce cas, le Felicium (Folos, Felis) serait-il une rémanence grecque
ou bien doit-on penser à un souvenir des Ituréens? Ceux-ci, arabes romanisés,
ont dominé la région pendant deux siècles environ. D’ailleurs, El Fales dit
Yacout[3]
c’est le nom d’une divinité arabe de la période pré-islamique[4].
Ø
Le site
Trois Kilomètres de terrain plat séparent l’actuel villge de Menjez de
l’éperon ensoleillé où se dressait jadis le môle imposant du Felicium: le
château heureux.
En traversant la route poussiéreuse, voguant dans la plaine qui embrasse
l’étendue du plateau, le regard rencontre de temps en temps, à gauche comme à
droite, des amas de roches noires. Ce sont les débris des tombes mégalithiques
fouillées par le père Maurice Tallon au début des années cinquante du 20es.
Dépouillées de leur tumulus, elles sont aujourd’hui abandonnées aux
chasseurs d’hiver qui s’abritent derrière leurs blocs énormes contre le vent du
nord. Poussant la marche vers l’ouest, on pénètre dans un champ immense connu
des indigènes sous le nom de Meidane: l’hypodrome. Les anciens du village,
nostalgiques, parlent souvent des fêtes grandioses qu’on faisait de leur temps,
en l’honneur de Notre-Dame. Nous n’avions jamais réalisé que les jeunes
villageois qui évoluaient sur leurs chevaux, pour la circonstance, pouvaient
être les directs héritiers des superbes cavaliers francs et que les ébats
chevaleresques en l’honneur de Notre-Dame-du-Fort n’étaient qu’une faible
réminiscence des joutes somptueuses des anciens seigneurs du château.
”Omni die, Ludos, torneamenta, hastiludia et varias deductiones militares
ac omnia exercitionum genera ad militiam pertinentia continuabant”[5].
C’est surtout vers le printemps, à l’époque ou les chevaux étaient conduits
dans la campagne pour y être mis au vert que, campés près des tentes des
bédouins, les chevaliers latins même ceux des grands ordres militaires, se
livraient avec passion au jeu équestre du Djérid, considéré par certains
auteurs comme ayant été à l’origine des tournois[6].
L’ennui de la plaine, presque aride, est bientôt dissipé par l’apparition
de l’église de Notre-Dame-du-Fort. Construite par les Jésuites français vers le
milieu du XIX s., la chapelle est un véritable joyau de l’art baroque, rarement
employé en Syrie. La façade, blanche rayée de lignes noires, offre sa beauté
aux caresses du soleil levant[7].
Les pierres ont été empruntées aux ruines du château. L’appareil est souvent
conservé intact dans le remploi. L’encadrement des portes, les linteaux et
certaines colonnettes du château voisin ont été réutilisées, sans aucune
retouche, dans l’édifice religieux qui se dresse sur une étroite bande de
terrain, sur le versant oriental du fossé artificiel, juste sur l’emplacement
où devait s’appuyer le pont-levis qui reliait le sol ferme à la forteresse.
Pour atteindre la colline du château, on prend, à gauche de l’église, la
cour interne du couvent. Juste en face de la porte sud de l’église, il y a une
ancienne citerne surmontée d’une margelle. L’eau de puits verse dans le creux
d’un énorme rouleau d’ancrage antique transformé en vasque.
Quelques pas à l’ouest du service d’eau, trois marches exiguës conduisent
dans la cour d’une étable. La première de ces marches est une pierre basaltique
(70 x 20) qui porte, gravées en creux, quelques lettres grecques [8];
au témoignage d’un paysan établi sur les lieux, la pierre a été retrouvée par
lui, il n’y a pas longtemps, dans le sol du château. La dédicace à la déesse
Tyché-Fortuna témoigne incontestablement de l’ancienneté des lieux: antique
temple grec ou gréco-romain? La monnaie et la céramique retrouvées au cours des
labours remontent aux deux époques. Le site semble avoir été utilisé bien avant
la conquête d’Alexandre preuve en est la présence des tombes mégalithiques dans
la localité. Les Byzantins ont dû fortifier cette position bien avant les
Croisés: les pressoirs qu’on y retrouve encore doivent être reportés à cette
période[9].
Une descente lâche mène au fond du fossé avant de remonter la pente qui
conduit à la poterne encore discernable du château. Le fossé n’est pas naturel,
il a été creusé à main d’homme. Quarante mètres de longueur relient les deux
extrémités de la cavité aux pentes sud et nord de la colline. Vingt mètres de
largeur et quinze mètres de profondeur donnent une idée du travail réalisé par
la main-d’oeuvre franque pour compléter l’isolement de la forteresse entourée,
sur ces trois autres côtés de larges et profondes vallées: le Ouadi Menjez,
prenant naissance à l’est, contourne la colline au sud, avant de rejoindre, à
l’ouest, la vallée de Nahr-el Kébir qui, venant de l’est, passe au pied du
Felicium, formant ainsi, au nord du château, une barrière naturelle
infranchissable. Quelle pouvait être la valeur stratégique de cette position
dans le système défensif oriental du comté?
Elle devait jouer plutôt un rôle de surveillance que de défense.
Effectivement, le château devait garder les passages naturels qui relient
l’intérieur syrien à la côte libanaise en bloquant les chemins qui conduisent
de Homs à Tripoli par Achchaàra et le Cobiath le long du fleuve. Il devait être
plutôt une résidence seigneuriale qu’une forteresse.
« Dans les châteaux du XII s. que tenaient les seigneurs, affirme P.
Deschamps, ceux-ci vivaient avec leurs enfants et leurs femmes.[10] »
Malgré sa situation exceptionnelle au milieu de l’enchevêtrement des
vallées environnantes et bien qu’il fut inattaquable sur trois fronts, à partir
des collines avoisinantes, le château n’avait aucune chance de pouvoir résister
à une attaque massive venant de l’est puisqu’il n’y avait que les vingt mètres
du grand fossé à barrer l’accès au plateau de Menjez. Situé presque à
mi-distance entre le littoral et la Boqeia’ - à moins de 15 km à vol d’oiseau-
son importance se réduisait au rôle de poste- vigie sur l’Eleuthère.
Le Felicium est pauvre en terrains cultivables. Les tertres qui coupent le
relief assez plat sont arides et rocheux. L’eau est rare. les sources qui
suintent au sein des vallées sont inutilisables. Seul le Nab’a-el-Ja’alouk qui
surgit dans la montagne aux environs de l’ancien temple Maqam-er-Rabb suffit à
peine aux besoins des habitants et à arroser quelques maigres arpents de terre.
Neuf mois de sécheresse rendent impossibles les cultures maraîchères. Les
torrents d’hiver deviennent autant de pistes praticables durant la saison
chaude. Par contre le sol volcanique permet la plantation de la vigne[11]
de l’olivier et beaucoup de seigle, d’avoine et de blé. Ceci explique la
présence des huileries et de la meunerie dans la localité. Les pâturages,
étendus et fort gras en hiver-printemps, attirent de nombreux troupeaux.
Aussi, le fait, remarqué par Burchard de Mont Sion et Jacques de Vitry,
lors de leur passage dans la région (1ère. moitié du XIII s.) offre-t-il,
peut-être, une explication plausible à la présence des sépultures
mégalithiques, souvenirs certains de la civilisation nomade des bas plateaux du
pays. D’autre part, la vallée de l’Eleuthère, parfois étroite, s’élargit
cependant pour permettre souvent de larges bandes de terrains cultivables, tout
au long du fleuve, toute l’année. La canne à sucre, les orangers, les cultures
maraîchères, le riz et la pistache, y trouvent un terrain extrêmement fécond.
Le Felicium est inhabitable pendant l’été: la chaleur est étouffante. Les
Puy- Laurens avaient-ils l’habitude d’estiver au Lacum, selon la coutume du
pays?
Pour accéder au château, on prend, à gauche, le versant de Ouadi Menjez.
L’attention est immédiatement attirée par la pierre grise des murs. L’appareil,
assez grand, est d’une taille bien fine aux contours, mais le bossage est
souvent à peine équarri: C’est que le genre de basalte employé est dur à
travailler. Juste à l’entrée, on remarque, à gauche, les vestiges d’une tour
ronde. Elle est séparée de l’enceinte extérieure par un fossé étroit. Trois
mètres plus en avant, on relève, dans le mur de droite, une grande pierre dans
laquelle des trous sont creusés: deux séries verticales de sept cavités.
Horizontalement, une cavité de chaque côté. L’ensemble explique plus au moins
la forme d’une croix latine. Nous pensons que la pierre est de réemploi et que
la figure ainsi tracée, devait constituer une sorte de jeu pour hommes d’armes
oisifs (Manqalé). Dans le terrain adjacent, nous avons retrouvé de petites
billes, en pierre polie, de couleur blanche et noire, à la mesure des cavités.
On tourne à droite pour escalader un petit tertre. C’est un parfait tell
artificiel. Là, se dressait jadis le donjon franc, obstruant le front est, le
point le plus faible du château. De nombreux débris jonchent le sol, parmi les
ronces et la broussaille. Des pans de murs délabrés, percés de meurtrières
délimitent les différents appartements de cette partie du fort. Dans le sol du
donjon, on remarque une claire-voie. Celle ci s’ouvre sur un vaste souterrain,
présentement obstrué de remblai. Les structures du château englobent tout
l’éperon. Son étendue est sensiblement égale à celle du château d’Akkar.
Tâche grise dans l’horizon verdoyant des alentours, il devait faire une
belle impression ! De nombreuses citernes lui assuraient l’eau en
abondance. Un escalier à vis, semblable à celui du château de Saint-Gilles à
Tripoli, reliait le fort à la rive méridionale de Nahr-el Kébir. L’accès à cet
escalier est aujourd’hui obstrué et l’on risque fort de ne pas le retrouver
sans le concours des vieux paysans. Plusieurs des appartements intérieurs sont
jusqu’à présent décélables.
Les restes des murs dépassent parfois les deux mètres. Mais, de là à leur
assigner leur destination première, la chose est fort ardue, tant leur aspect a
été bouleversé par la végétation, les décombres et les paliers qui ont été
aménagés pour l’agriculture.
Ø
La Chapelle du Château:
Dressée, presque au centre du château, la chapelle semble complètement
détachée des autres bâtiments. Le terrain, sur lequel elle a été construite,
devait accuser une certaine inclinaison, et, le sol dut être remblayé le long
du mur nord dont le niveau des premières assises visibles est beaucoup plus bas
que celui du mur sud. Il n’est pas question de fouiller le terrain autour de la
chapelle, car le rocher-maître est parfois apparent à la surface du sol.
La chapelle est encore conservée jusqu’à la hauteur de trois assises, au
sud et à l’est, alors qu’elle garde une élévation variant entre un mètre et
demi et deux mètres, aux autres côtés.
L’appareil basaltique, moyen (55x35) dans l’hémicycle de l’abside,
L’oeuvre, en moellon noyé dans du mortier, et, couverte d’un double
parement, a l’épaisseur d’un mètre. Le parement extérieur, finement taillé aux
contours, n’offre pas, généralement de bossage, et, quand le bossage est
présent il est à peine visible. Malgré la finesse des contours, le liant, qui
raccordait les pierres, est toujours visible. L’appareil intérieur, par contre,
est moins soigné et devait être couvert d’un enduit dont on relève des vestiges
dans les recoins.
Avant de passer à l’étude du plan de la chapelle du château nous voudrions
évoquer les problèmes concernant la technique utilisée dans la construction des
différents éléments de l’édifice.
1/ Les Fondations :
Les fondations de la chapelle du Felicium tiennent généralement compte de
la nature du terrain. En effet, là où le rocher affleure le plus sur le côté
sud du monument, les fondations reposent directement sur le rocher. Par contre,
les fondements des murs est et ouest s’enfoncent plus profondément, surtout
ceux du mur nord, étant donné que la nature du terrain a obligé les architectes
à suivre la pente pour asseoir la construction sur des bases aussi solides que
profondes. L’on constate, d’ailleurs, que ces fondements présentent deux sortes
de matériaux. Dans le côté nord et dans les parties les plus profondes, les constructeurs
ont utilisé des pierres à peine dégrossies, jointes, au moyen d’un mortier
composé de gravier très finement pilé, d’une sorte de sable d’extraction locale
et de chaux. La présence d’une forte
proportion de petits fragments de charbon de bois dans ce ciment permet de
penser que de la cendre a été mélangée aux autres composantes du mortier. La
profondeur de ce lit varie selon l’affleurement du rocher de base.
Immédiatement au-dessus de ce premier lit, on trouve, en général, une à
trois assises de pierres plus régulièrement taillées et équarries au moyen du
poinçon ou du ciseau. Toutefois leur surface est plate, sans avoir été l’objet
d’un soin particulier. Ces assises devaient-elles être enfouies dans les
tranchées de fondation, ou bien, recouvertes d’un glacis quelconque et par
conséquent, elles ne devaient point être visibles?
La chose paraît possible, car le terre-plein qui forme un passage au nord,
entre la chapelle et le ravin est visiblement crevassé et balayé par les
écoulements des pluies torrentielles dans la région. Le même ciment à base de
chaux, de gravier et de cendre a servi pour lier les blocs de ces assises, les
uns aux autres. C’est, par ailleurs, au niveau de ces assises que se fait le
rattrapage du niveau, de sorte que les défauts d’horizontalité, dus à la
configuration du sol, ne soient plus visibles dans les assises régulières,
finement taillées, qui constituent les parements extérieurs des murs.
2/ Les Murs :
Il ne semble pas que les murs de la chapelle aient été destinés à être
recouverts d’un enduit quelconque, tant leur parement extérieur est finement
taillé. Les joints des pierres qui les constituent sont ajustés de sorte qu’il
est difficile parfois de voir le ciment qui les unit. Sur le plan technique,
ces murs, relativement épais (un mètre) ont été construits selon un mode que
l’on rencontre souvent dans les constructions franques de Syrie. Les deux faces
sont, en effet, faites de pierres de taille, à l’intérieur desquelles un
blocage, en pierres sèches noyées dans du ciment, forme une sorte de bourrage.
Les pierres du parement extérieur présentent généralement un mélange de pierres
lisses et de bossage à peine saillant. Celles du parement intérieur sont plus
petites et à surface plate. Quelques- unes portent encore des vestiges
d’enduit.
Quel instrument a-t-il été employé dans la taille? Il serait hasardeux de
le dire, tant la pierre est rongée par les intempéries. La hauteur des assises
varie souvent, et si l’on examine les assises encore conservées dans le
parement intérieur, on rencontre les hauteurs suivantes, respectivement de bas
en haut, 0.25, 0.35 et 0.30 m.
D’autre part, si l’on met de côté quelques blocs que l’on peut qualifier de
petits, avec leur longueur de 0.45m. pour une hauteur de 0.35m. et quelques
grands blocs exceptionnels, l’on constate que la moyenne générale des blocs
utilisés pour le parement extérieur des murs, tourne autour de 0.75m. de
longueur, pour 0.35 de hauteur.
3/ Etude du plan :
Dans les châteaux que tenaient les seigneurs, affirme P. Deschamps[12]
les chapelles étaient de petites dimensions.
Le Felicium des Puy-Laurens ne déroge pas à cette constatation. La chapelle
est effectivement de petites dimensions. Sa longueur intérieure ne dépasse pas
les 12,55 abside comprise, alors que la largeur est exactement de 7,45 à
l’ouest et de 7,05 à l’est. La chapelle, à nef unique, dessine un rectangle
terminé à l’est par une abside en cul de four, saillante.
a) La Nef:
De forme rectangulaire, elle ne devait avoir qu’une seule travée, car, dans
ce qui reste des murs longitudinaux, nous n’avons pu découvrir aucune trace de
pilier ou bien de base de colonne engagée, pas même la moindre semelle qui pût
faire supposer l’existence possible d’une division virtuelle quelconque ou bien
d’un arc doubleau. La paroi des deux murs est tout à fait unie et, dans ce qui
reste debout, elle ne présente aucune aspérité ou la moindre pierre saillante
qui fasse penser au départ d’un arc possible.
b) La porte nord:
Les chapelles des châteaux francs de Syrie ont, en général, deux entrées,
l’une à l’ouest et l’autre au nord ou bien au sud: Rappelons à ce sujet, celle
du Crac et de Margat. La chapelle-donjon de Safitha, possède un beau portail à
l’ouest et un escalier, qui donne à l’étage supérieur, situé dans l’angle sud
de l’édifice.
Les murs sud et ouest de la chapelle du Felicium, conservés jusqu’à la
hauteur d’un mètre, n’offrent aucune trace de porte ou de seuil. Les assises
sont toujours nivelées et parfaitement unies. Leurs pierres n’offrent aucune
faille, même bouchée, qui fasse penser à un accès quelconque.
Par contre, le mur nord, et, à la distance d’environ deux mètres de l’angle
nord- ouest, offre, à l’oeil attentif, un certain espace dont les matériaux et
la construction contrastent nettement avec le reste du mur. Ce dernier est
assez bouleversé dans ce côté du monument, mais il se tient toujours debout.
Les blocs se maintiennent à leur place bien qu’ils accusent parfois un
affaissement dans leurs niveaux d’horizontalité. L’espace que nous venons de
signaler en contraste avec le reste, est sûrement de construction récente. Ses
assises ne coïncident point avec les autres, et les pierres, dont elles sont
faites sont sèches et irrégulières. L’espace est large de 0,90 mètre, juste la
largeur normale d’une porte régulière dans ce genre d’édifice.
On remarque, par ailleurs, la présence d’un bloc de 120 cm. de longueur par
30 cm. de hauteur qui jonche le sol, tout près de là, et, qui probablement
devait constituer le linteau originel de cette porte. Malheureusement, le
linteau est tellement maltraité que nous n’avons pu y découvrir aucune trace
d’inscription ou de sculpture, si jamais il en fut.
c) La Porte est:
A l’extrémité nord-est du rectangle de la nef, l’angle semble conserver,
lui aussi, les traces d’une autre porte.
Le mur est de la chapelle qui sous-tend l’arc de l’abside, garde dans sa
partie nord, au delà du point de décrochement de l’abside, une entaille dans la
construction restante.
Des structures, toujours visibles, reçoivent, en vertical, le pied-droit de
l’arc de l’abside et se dirigent perpendiculaires sur le mur nord. Elles
s’arrêtent brusquement pour s’orienter parallèles au mur nord fermant ainsi une
sorte de contrefort à l’abside. Le vide ainsi créé dans cette partie des
fondements est assez large pour constituer une porte régulière (0,82 mètres),
livrant passage vers l’est, à gauche de l’abside.
d) L’abside:
L’édifice rectangulaire est terminé par une abside saillante. Nous n’avons
relevé aucune trace d’ouvrage extérieur qui eût dû habiller le demi-cercle de l’abside.
Celle-ci, dessinant un arc sensiblement surhaussé, se conserve jusqu’à la
hauteur d’un peu plus d’un mètre. Son parement extérieur est pareil à celui des
autres murs, alors que le parement intérieur, d’une facture mieux soignée, est
composé de blocs plus petits et à surfaces lisses destinées à être recouvertes
d’enduit comme les autres parois intérieures du monument. La paroi nord de
l’abside est percée d’un passage dont elle garde les vestiges, juste quelques
cinquante centimètres à l’est de l’arc triomphal. Ce passage nord-sud, à
travers la courbe de l’abside, rencontrait, sans doute, l’autre passage
est-ouest dont nous venons de parler plus haut.
L’arc de l’abside n’est pas raccordé au centre du mur oriental de la
chapelle. Il accuse un net écart vers le sud.
Les distances, en effet, qui séparent les pieds-droits de l’arc triomphal,
des murs latéraux, ne sont pas égales. Celle du sud est sensiblement plus
courte que celle du nord dans laquelle est percé l’accès vers l’est.
Ce décalage de l’abside dévie nettement l’axe central du monument. Est-ce
un effet de correction dans l’orientation survenue plus tard ou bien, ce
désaxement a été voulu pour laisser place au passage décrit plus haut?
Ce désaxement absidial se rencontre souvent ailleurs, soit dans la chapelle
de Saïdet-er Rih à Nephin, soit dans nos chapelles du Cobiath, comme nous
aurons l’occasion de l’étudier plus loin.
e) La Sacristie :
Notre connaissance du Felicium ne date pas d’hier, notre amitié étant fort
ancienne. Chaque recoin du vieux site nous est familier. Nous avions souvent
erré parmi les buissons et les décombres, toujours à la recherche d’une
nouvelle découverte ou bien d’une nouvelle impression. Mais malgré l’ancienneté
de cette amitié, nous n’avions jamais eu l’occasion de remarquer sous les amas
de débris et le cumulus de terre apportée par les alluvions, les vestiges d’une
petite sacristie qui flanque le côté nord de l’abside. Les pluies torrentielles
de la dernière saison ont mis à découvert une pierre à bossage, juste quelques
mètres plus à l’est de l’angle nord du monument. Grattant autour de la pierre,
celle-ci s’est révélée faire partie d’une infrastructure entière qu’une fouille
superficielle a mise à nu. C’est la sacristie qui flanque normalement la
plupart des monuments religieux des Croisés en Syrie[13].
La sacristie forme une petite salle de 2,60 x 3,20. La façade nord, la plus
longue semble continuer le mur nord de la nef, alors que la façade est s’appuie
perpendiculaire sur la courbe saillante de l’abside.
Les deux portes dont nous venons de constater l’existence débouchaient
effectivement dans la sacristie, l’une reliant cette dernière à la nef de la
chapelle, l’autre communiquant directement avec le maître-autel. Chapelle de
château seigneurial, le monument est relativement petit par rapport aux
chapelles du Crac, de Safitha et de Margat, mais il devait être plus que
suffisant aux besoins liturgiques de ses seigneurs.
Avant de quitter définitivement nos souvenirs, arrêtons-nous un instant
sous les arbres qui ont jadis ombragé les lieux: une noce sortant de l’église
Notre-Dame s’égrène sur la grande place:
“La mariée est splendidement parée et porte une robe de soie magnifique
tissée d’or et dont la queue traînante balaye le sol. Sur son front brille un
diadème en or recouvert par un filet tissé d’or et sa poitrine est ornée de
même. Ainsi parée, elle s’avance en se balançant à petits pas comptés semblable
à la tourterelle. Elle est précédée des principaux d’entre les chrétiens,
revêtus d’habits somptueux à queues traînantes et suivies de chrétiennes, ses
paires et ses égales, qui, également couvertes de leurs plus belles robes,
s’avançaient en se dandinant et traînant après elles leurs plus beaux
ornements. L’ensemble se met en marche vers (le Meidane) où aura lieu le jeu équestre
du Djérid, l’orchestre en tête, tandis que les spectateurs musulmans et
chrétiens assistent au défilé”.
Pour décrire la noce à laquelle nous venions d’assister, nous nous sommes
permis d’emprunter la description à Ibn-Jobeir[14] car rien n’a changé depuis le XII s. sous ce
ciel d’Orient où presque jamais rien ne change.
“L’Orient, note en effet le marquis de Vogué, est la terre classique de la
tradition. Nulle part n’existe à un aussi haut degré la religion des souvenirs
locaux.”[15]
A un peu plus d’une heure de marche,
au sud-est du Felicium, une chaîne de collines, d’origine volcanique, s’étire
de l’est vers l’ouest, cachant à la vue, la petite ville de Cobiath. Ce sont
les ”Tilals de Mart-Moura”. Au pied de leur versant septentrional il y a un
ancien temple de la période romaine tombé en ruines. Il était tenu en grands
soins par le service des antiquités, juste à cause de son originalité. Il est
le seul temple, construit au Liban en blocs de basalte. La région du Hauran en
Syrie du sud, est réputée par les édifices de ce genre et les archéologues
pensent que les constructeurs du temple dûrent avoir recours aux maîtres et à
la main d’oeuvre de cette contrée pour élever le célèbre temple de Menjez[16].
Le temple est à environ 200 mètres à l’ouest d’une source connue sous le
nom de Naba’-ej Jaa’Iouk. Y eut-il jamais un sanctuaire chrétien dans les
ruines du temple? Les archéologues l’affirment. Le Père Goudard, qui l’a visité
au début du siècle, l’affirme aussi. Actuellement rien ne le laisse paraître[17].
Les indigènes nous ont indiqué une ruine dans les parages immédiats de la
source, 200 m. au nord. C’est un ancien lieu de culte dédié à la Ste. Vierge.
- Le Sanctuaire de la
Ste. Vierge Saïdet-el Mouîn: Chapelle d’hôtellerie?
Nous avons retrouvé les ruines de l’ancienne chapelle reposant à l’ombre
d’un vieux chêne, maltraité par le temps et les intempéries aussi bien que les
vestiges du sanctuaire.
L’édifice, assez petit (6x4 m) était formé d’une nef presque carrée et d’une
abside demi-circulaire emboitée dans un ouvrage carré. Il en reste peu de
chose. Seule l’abside, enfoncée dans la terre accumulée tout autour, garde
quelques assises de son appareil fort soigné, alors que la nef, complètement
rasée laisse à peine entrevoir son dessin antique. Placée sur le bord d’un
précipice, l’éboulement du terrain a emporté la façade ouest et une partie de
la nef, surtout l’angle sud dont les pierres de fondement sont encore
éparpillées le long de la pente. La chapelle appartient sans aucun doute à la
période franque. Le plan, la taille de la pierre, la composition du mortier,
établissent une similitude frappante avec la chapelle du Felicium.
Elle devait, cependant, faire partie d’un ensemble dont on peut relever le
tracé au sud du monument. Peut-on penser à la chapelle d’un hôpital ou d’une
hôtellerie comme Saidet-er Rih de Nephin[18].
Les mêmes dispositions régissent les deux monuments. La chapelle semble
avoir été construite sur les débris d’une église plus ancienne.
Kfarnoun ou Qariat-es-samak est à moins de 3 km. à l’est du Felicium.
Peut-on parler d’un ancien ou d’un moderne Kfarnoun? Le petit hameau semble à
peine sortir du passé; il n’a pas encore quitté sa parure moyen-ageuse. Dévasté
et brûlé lors des événements douloureux de 1975, Il est en train de se repeupler.
Abandon, misère et tristesse, ce n’est pas de trop pour qualifier une ambiance,
jadis prospère, coquette et brillante. Nous menons notre enquête; la pauvreté
est frappante, mais l’hospitalité est à toute épreuve. Le maire -Cheikh Nejib-
raconte calme, digne et cultivé, il mesure ses paroles. L’enquête est
archéologique, donc objectivité oblige. Les documents manquent, tout a été
brûlé, mais la tradition bien jaugée, est fort riche. Le casal franc était d’une
prospérité exceptionnelle: quatre églises, sept huileries, des sources et des citernes,
des moulins à vent, des moulins à eau, des moulins à mains, des croix antiques,
une ancienne épigraphie perdue. Kfarnoun semble un véritable musée. Notre
imagination ou plutôt notre connaissance intuitive s’envole au loin à travers
les dédales du passé. Essayons de nous y retrouver.
Les Croisés, partout les Croisés dans la région. Pourquoi leur souvenir
est-il toujours vivant dans l’esprit et les traditions du peuple? Est-ce que
son bon sens se rapprocherait de la connaissance plus que notre savoir
rationnel? Ou bien c’est un effet de compensation nostalgique chez le peuple
maronite autant qu’une réaction de rancune chez les autres? Nous pensons que
les deux cas sont vrais et c’est une première réalité, c’est que le site est
beaucoup plus ancien que ne le laisse entendre le nom syriaque, preuves en sont
toujours les tombes mégalithiques nombreuses dans les parages. Quel serait donc
son vrai nom! Peut- être n’était-ce alors qu’un quartier de Menjez, l’ensemble
constituant la Maïza des documents assyriens dont nous aurons l’occasion de
parler au chapitre suivant.
Les chapelles:
Elles sont là bien vivantes, mais malheureusement, aucune d’elles n’a gardé
son vrai visage. Le remaniement est tel qu’il est presque impossible de relever
les traits caractéristiques de chaque édifice. Les monuments forment deux
groupes, de deux chapelles chacun, situés à moins de 300m l’un de l’autre.
1/ Le premier ensemble est formé des chapelles dédiées à Notre-Dame et à
Saint Elie. Les chapelles se trouvent à l’est du village, tout près du
cimetière. Totalement indépendantes, la distance entre les deux est de moins de
dix mètres par ordre progressif de l’ouest vers l’est.
La première, celle de l’est, dédiée à saint Elie, se conserve en partie.
D’après les témoignages recueillis sur les lieux mêmes, elle devait avoir une
nef voûtée sur croisées d’ogives avec une abside en cul-de-four, emboitée dans
un ouvrage carre de façon a ce que l’ensemble prit la forme extérieure d’un
rectangle compact. Deux portes, toujours debout, l’une a l’ouest et l’autre au
nord, donnaient accès à l’intérieur de l’édifice. Les seuils et les
pieds-droits conservés jusqu’à un mètre et demi sont toujours visibles. Les linteaux
gisent à côté. La chapelle, remaniée à plusieurs reprises, a été allongée vers
l’est, d’une manière barbare[19].
La seconde, celle de l’ouest, patronnée par Notre-Dame s’est évanouie sous
les tombes. Mais là, nous pensons reconnaître l’existence d’une église plus
ancienne que la période franque. L’enceinte du cimetière actuel, ainsi que les
paliers contigus, gardent à l’ouest du cimetière les restes d’un mur antique
conservé jusqu’à la hauteur de trois et parfois quatre assises. Les dimensions
de l’appareil (0.75 x 0.45 en moyenne) et la taille de la pierre dénotent avec
les croix relevées sur les lieux, l’existence d’un ancien lieu de culte
syriaque, remontant probablement à la première période chrétienne (4ème - 5ème
siècle).
2/ Le second ensemble est situé au nord-est du village à moins de 300 m. du
premier. Les édifices de ce second groupe accusent une distance supérieure à
celle du premier: environ trente mètres.
La chapelle sud, dédiée à Saint Elie est une construction récente et fort-
grossière. Nous n’y avons pu découvrir aucun élément ancien. Ni dans le remploi
de l’appareil, ni dans les fondations, et nous pensons qu’elle fut construite
de toutes pièces vers la 2de moitié du XIXéme siècle, puis restaurée vers les
années cinquante du XXème siècle. Son titre devait être porté par un autre
sanctuaire dont nous croyons avoir reconnu les vestiges dans une Khirbé, au
voisinage immédiat de la seconde chapelle, celle du nord. Cette dernière, au
titre de Mar Doumit, est, elle aussi, de facture récente, pourtant le nouvel
édifice ne couvre pas complètement le plan de l’ancien monument dont les
fondements occidentaux, toujours visibles, dépassent largement la nouvelle
église. A moins de dix mètres, au sud de cette chapelle, nous avons reconnu
parmi les décombres d’une ruine antique, les fondements d’une abside. Nous
pensons que cette abside appartenait à l’antique chapelle dédiée à Saint
Georges. Ainsi, la proximité des monuments de ce second groupe, établirait une
similitude parfaite avec les édifices du premier ensemble décrit plus haut.
Ces chapelles ne sont point jumelles, comme les autres du Cobiath, pourtant
leur proximité et leur fabrique nous induisent à conclure à leur appartenance
au même peuple. Sont-elles destinées au même programme cultuel expliqué dans
les autres monuments du pays?
A mi-chemin, entre les deux ensembles cultuels, il y a le ”Bir”.C’est une
citerne, semblable à tout point de vue, à celles du Felicium. Elle est toujours
en service. Nous avons relevé plusieurs croix, du type paléo-chrétien, au
village même et dans les parages. Elles sont incises en creux et manquent
parfois de régularité. C’est qu’elles ne semblent pas avoir été faites, toutes,
de mains de maîtres, ou bien, destinées à surmonter les linteaux d’églises. Il
est de tradition chez les Maronites de signer de la croix, les objets d’usage.
Les aliments, surtout la pâte à pain et leurs demeures. C’est la ”Baraka”,
requête, à la fois, d’abondance et protection contre le Mauvais. Nous avons
repéré plusieurs emplacements d’huilerie, et des vestiges de moulins à eau, le
long de Nahr-el Kébir; mais notre attention a été, surtout, attirée par un
petit moulin exposé dans la cour de la vieille maison du vénérable Moukhtar, de
type fort particulier: moulin à olives ou servait-il à triturer autres
matériaux? (Voir atlas)
Le DEIR-Monastère antique et chapelle médiévale
Ø
Le site:
Une route éventrée permet, dans les conditions actuelles, aux seules
voitures élevées, de transporter le passager curieux du passé ou bien le
studieux passionné, du centre-ville Cobiatin jusqu’à Qinia à travers la partie
nord-ouest du Akroum[20].
Les collines rocheuses et les côtes à l’herbe rare où paissaient jusqu’à
quelques années de maigres troupeaux de chèvres, sont aujourd’hui parsemées de
petits hameaux reliés par des pistes récemment tracées. Le haut plateau souffre
la sécheresse et la seule pièce d’eau naturelle de Qinia et ses environs se
trouve dans une profonde grotte, située à un kilomètre environ à l’ouest du
Deir. A trois mètres au-dessous du sol, les eaux, ruisselant le long de la
paroi rocheuse, sont recueillies dans une vasque souterraine. A tour de rôle,
les femmes du pays y descendent quêter leur plein- jarre d’eau. C’est la grotte
Notre-Dame les vestiges d’un sanctuaire dédié à la Vierge Marie y sont toujours
ténus en vénération. Le site, objet de notre étude, est à moins de deux
kilomètres de l’actuel Qinia et d’un autre hameau du nom de Mrah-elKhokh, sur
un éperon rocheux aplati au sein d’une large et longue vallée reliant le
village d’Akroum à Germnayia et Awadé. A quel saint patron appartenait-il? Les
gens du pays ne l’ayant pas encore baptisé ou mieux ”purifié”, il est connu
dans toute la région, sous le nom général de ” DEIR Qinia”.
Ø
2- Le nom :
Qinia, dans le sens de propriété est vraisemblablement d’origine syriaque.
= Qnaya et Qinyana, indiquent la propriété, le terrain, le domaine.
Populairement, il est souvent appelé Qnouté ou Qnité. Nous pensons que le mot
et ses différentes variations appartiennent à la même racine sémitique (qna)
dans le sens d’avoir. Qnouté n’est qu’un diminutif familier qui n’ajoute ou ne
retire rien à la signification première du nom qui indique la grande propriété,
le grand domaine, chose qui pouvait coller parfaitement au site, vu l’immense
territoire cultivable qui entoure le Deir et la fertilité du sol, terre
d’apport alluvional. Les vestiges archéologiques nous parleront mieux du passé
agricole du pays.
Ø
3- Les citernes :
L’eau étant rare dans le Akroum, la seule source, presque, du précieux
liquide, était celle des citernes auxquelles on confiait la vie des gens et
animaux. Ces citernes étaient de trois sortes: celles aménagées dans les cours
ou bien en proximité de l’édifice et qu’on remplissait en y orientant l’eau des
terrasses, celles qui, creusées au sein d’un banc rocheux, étaient remplies par
l’eau de pluie recueillie dans des cavités et canalisée dans des rigoles, le
tout aménagé à main d’homme dans l’étendue de la roche. Quant au troisième
genre c’est la citerne- source. Il s’agit, en réalité d’une cavité rocheuse
naturelle où l’eau, ruisselant le long des parois, vient déverser dans la
vasque de fond ou bien c’est un mince filet d’eau qui a trouvé son chemin vers
le jour dans le fond de la grotte. La cavité réaménagée et souvent emmurée et
couverte de crépi étanche, devient alors la citerne désirée.
Le site comprend trois citernes et chacune d’elles répond parfaitement aux
caractéristiques particulières à chaque genre de citerne.
La citerne du nord-ouest, située à l’extérieur du monument et à une dizaine
de mètres de son mur occidental, semble être une large fissure naturelle,
réaménagée. De forme irrégulière et à large ouverture, elle est de facture
tardive, facture ne dépassant guère la période franque, preuve en est la
composition de l’enduit employé. Cette citerne reçoit les eaux recueillies sur
l’étendue de la roche environnante.
Une autre citerne, un peu plus grande, celle- là, se trouve au milieu de la
cour centrale. Elle, aussi, est une cavité naturelle réaménagée. Elle devait
recueillir l’eau des terrasses environnantes. Quant à la troisième, la plus
grande, on ne pourrait pas la qualifier de citerne; c’est plutôt une petite
écluse, en partie naturelle presque remplie de remblai, elle devait, jadis
recueillir les eaux provenant de l’entourage rocheux en plus de la présence
d’une petite source naturelle.
Ø
4- L’installation huilière :
Des fouilles, plus ou moins clandestines dans les temps qui courent, menées
à grande échelle, ont mis à jour une installation huilière encore intacte.
Placée dans un coin de la cour intérieure, elle est située entre la grande
entrée du sud à l’est de la chapelle, et le mur ouest de la tour de garde.
Entrant par le portail sud, on rencontre, presque au centre, une pièce d’eau.
Passant à côté d’elle, on pénètre dans l’huilerie. Aucune porte ou trace
d’accès n’indique que cette partie de l’huilerie était fermée.
Aussi pensons- nous qu’il s’agit plutôt d’un portique que d’une salle
fermée.
L’installation est mobile dans ce sens qu’elle n’est pas creusée dans le
rocher comme celles de Chouita ou de Ghozrata. Faite plutôt de plusieurs
pièces, celles-ci ont été taillées ailleurs et portées sur la place. La cuve du
moulin a un rayon de 0,50 mètres sur une profondeur de 0,05 mètres, entourée
d’une bordure de 0,25 mètres de largeur. Les rouleaux, - on en a mis à jour un
seul jusqu’à présent -, ont un diamètre de 0,80 mètres sur 0,45 mètres
d’épaisseur. L’arbre qui reliait les fûts devait être un carré de 0,20 mètres
de côté.
A côté du moulin, le long du mur méridional, on peut toujours observer la
présence d’un réservoir à huile, creusé dans le rocher du sol. Il a 1,20 mètres
de diamètre sur 0,40 mètres de profondeur. Remarquons, enfin, que tous les
éléments composant l’huilerie, ont été taillés dans une roche, blanchâtre et dure
à la fois d’extraction locale. Le moulin est encore en place, il ne demande
qu’à être mis en fonction. Il lui manque, pourtant, une seule chose: l’olive
dont la présence est fort désirable dans le Akroum.
On commence à replanter l’olivier qui pousse à merveille, signe qu’il
devait être prospère dans le pays d’où l’abondance des moulins et des pressoirs
à olive.
Ø
5- La chapelle :
L’église est faite d’un vaisseau unique de (12 x 5,20) y compris l’abside
en hémicycle, empâtée dans un ouvrage carré. Le tout devait former,
extérieurement, un bloc rectangulaire compact et homogène. Parfaitement
orientée, la chapelle est placée à l’angle sud du site, quelques mètres plus en
saillie vers l’ouest, par rapport au bloc du monastère. Elle est reliée, à ce
dernier, par une série de salles qui ferment le côté occidental de la cour. La
façade ouest de la chapelle n’accuse aucune trace de porte dans ce qu’elle
conserve comme vestige jusqu’à présent (un mètre de hauteur de l’intérieur, et,
presque deux mètres à l’extérieur).
L’entrée principale se trouve dans le mur nord, à 1,60 mètre de l’angle
nord -ouest; on y parvient en traversant, soit un portique à ciel ouvert, soit
un nartex placé à cet angle, car les restes d’un mur ceinturent la place avec
un large portail dans le côté nord, les fouilles, mentionnées plus haut,
viennent de déblayer une autre porte, celle-là beaucoup plus petite(0,70 m)
percée dans l’angle nord est de l’abside et reliant celle-ci à la série de
salles qui séparent l’église du monastère.
Ø
6- Le Deir :
C’est une bâtisse de forme trapézoïdale dont la base la plus large est
celle du sud. Le Deir est formé de plusieurs salles, orientées nord sud et
reliées par un corridor méridional qui traverse, d’est en ouest, toute la
largeur de l’édifice. L’entrée principale est placée à l’angle sud-est dans le
côté oriental. Y a-t-il d’autres portes? Quelle était la destination première
des différentes salles? Y avait-il plus d’un étage? L’état actuel des vestiges,
encombrés de débris, ne nous permet point d’y répondre.
Ø
7- La tour :
Sur la même ligne que l’église et l’huilerie et, formant à l’est, un angle
de l’ensemble, l’angle sud-est, on relève les vestiges d’un petit édifice de
forme légèrement trapézoïdale. Les murs sont plus épais que les autres, avec
des ouvertures en meurtrières. Il s’agit vraisemblablement d’une tour de garde,
tour dont l’existence est normale à l’angle des monastères ou bien des fermes
antiques. Rappelons, enfin, que l’ensemble est entouré d’un espace qui
s’élargit ou se rétrécit selon les possibilités laissées par la forme du
terrain, car le Deir et ses annexes, aussi bien que la chapelle, sont installés
comme d’habitude, sur la plate-bande d’un éperon rocheux, ceinturé du mur
d’enceinte traditionnel.
Peut-on savoir à quelle date remonte la construction du monument? Un
silence total de la part de la documentation plane sur la pierre abandonnée:
aucune inscription, aucune chronique ou tradition. Seul, le témoignage
archéologique reste un peu plus généreux:
Le Deir et la chapelle ne remontent pas à la même époque. La différence est
nette entre l’appareil du monastère et celui de la chapelle. Le Deir emploie
une pierre de grandeur moyenne (75 x 45 cm) alors que celle de la chapelle est
plus petite (55 x 35 cm).
L’appareil de la chapelle, de taille assez fine à rayures obliques et
parallèles, (taillant droit à dents) et relié au moyen d’un mortier de
composition normalement employée dans la construction du XIIe siècle: du sable
d’extraction locale, de la chaux, de la poterie finement triturée, quelques
infiltrations de pierre concassée avec beaucoup de cendre et de charbon, alors
que l’appareil du monastère, taillé au poinçon et rendu avarié par le temps,
semble avoir été raccordé sans aucun liant. Le parement intérieur des deux
monuments est recouvert d’enduit. Le crépi de la chapelle est formée de deux
couches différentes et superposées. La couche intérieure (1 cm. d’épaisseur
environ) et de couleur grisâtre contenant une forte portion de cendre et de
charbon, alors que l’enduit extérieur (0,03 cm. d’épaisseur) est totalement
composé de gypse blanche, pareil, en tout point au crépi, employé dans la
chapelle de Margat pour recevoir les peintures qui décorent l’abside et l’une
au moins de ses deux annexes: l’enduit cependant, qui recouvre le parement intérieur
du monastère est formé d’un amalgame moisi qui s’effrite comme de la boue
sèche.
Si l’on croyait, enfin, le témoignage des croix pattées incises en creux
sur les vieilles pierres du monastère, le Deir remonterait à la première
période chrétienne, c’est-à-dire à la période qui précède le septième siècle
chrétien. Nous pensons, par contre que la chapelle, à rapprocher dans ses
structures actuelles de celles de la chapelle du Felicium, ne remonte pas plus
loin que le XIIe siècle.
Situé à peu de distance à l’est de Deir-Jannine sur la voie secondaire qui
relie Halba à Homs par le Cobiath, jusqu’à quelque temps, Fsaqine n’avait
d’existence que nominalement sur la carte militaire. Le seul signe de vie
sensible était comme l’est toujours, sa célèbre source( Ain-ed delbé) à
laquelle avaient l’habitude de se rafraîchir les paysans, les caravaniers et
les pieux pèlerins du pays. Le village est en train de se relever de ses
cendres et de belles maisons poussent, sans ordre à la place des anciennes
demeures tombées en ruines[21].
Ø
Le nom[22]
D’origine latine, Fsaqine, piscina, a le sens de bassin d’eau, mare,
abreuvoir, bassin de purification:
Il semble être aussi d’origine perse, passé à la langue arabe. Fsaqine est
un nom pluriel, il fait, au singulier, Fisqia, dans le sens de bassin d’eau.
L’emploi du pluriel est, ici, fort compréhensible, car les petites sources avec
leurs bassins respectifs sont assez nombreuses, servant, soit à abreuver les
animaux domestiques, soit à arroser les rares lopins de terre destinés à la
culture maraîchère.
Si notre lecture se révèle exacte, nous aurons rencontré, pour la première
fois, un souvenir perse dans la toponymie du pays.
Ø
2- Structures et vestiges antiques.
a- Le sarcophage.