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Cobiath - Preface - Table des matieres - Intro - Partie 1 - Partie 2 - Partie 3 - Partie 4 - Biblio |
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QUATRIEME PARTIE Généralités |
Après l’étude faite en vrac des divers monuments du pays, essayons de
résumer.
Il s’agit, en réalité, de cerner de près leur certificat exact de naissance
en vue de jeter quelque lumière sur l’origine de leur parenté, l’originalité de
leur art, les influences subies ou le résidu de leur apport.
”Alors que partout ailleurs dans le monde civilisé, la conception d’une
nation se base fondamentalement sur l’idée de patrie en tant qu’unité
géographique”, dans l’Orient mystique et tourmenté, ”la confession religieuse
fut l’élément déterminant dans la formation des nations”.[1]
Toute société étant alors d’origine religieuse, au Moyen-Orient, l’art
relatif est par conséquent, d’inspiration religieuse, en d’autres termes, art
et programmes cultuels sont généralement solidaires. Aussi, découvrir un
programme cultuel, c’est un peu découvrir un art et un peuple, et l’art devient
ainsi l’image d’une civilisation comprise comme un tout unique.
Dans l’art occidental, on fait, généralement, une nette distinction entre
profane et religieux.
Au Moyen-Orient, la réalité est autre. Mise à part la période gréco-romaine
durant laquelle, artistes et mécènes semblent avoir donné leurs parts
respectives aux deux branches de l’art, villes, palais, basiliques, androns et
marchés ainsi qu’une multitude de temples immortels, l’art oriental paraît se
réduire au seul religieux y compris l’art funéraire. L’enclave franque fait,
justement, un intermède intéressant, l’architecture militaire des Croisés a
rivalisé avec leur architecture religieuse.
Parti de la croyance en l’immortalité de l’âme et de la foi en l’éternité
des dieux, l’homme de l’Orient antique, négligeant, si l’on peut dire, sa
propre maison, ”abri éphémère de sa courte vie” [2]
prête toute son attention à sa demeure éternelle et soigne d’une façon
particulière celle des dieux. Nous n’affirmons point, en cela, l’absence totale
de tout art profane nous insistons surtout sur l’absence de toute présence de
cet art, car si quelque échantillon s’est sauvé, par miracle, c’est que la
postérité, soit superstition, soit croyance, s’est abstenue, généralement, de
toucher aux lieux de culte alors qu’elle s’est fait une joie de démanteler les
maisons humaines pour en reconstruire d’autres à sa propre image.
Aussi, pouvons-nous affirmer globalement, que l’art du Moyen-Orient se réduit, presque, au seul art religieux.
A partir du centre-ville cobiathin et sur un espace à peu près égal à dix
kilomètres carrés, la concentration des lieux de culte semble sortir de
l’événement ordinaire. Nous avons eu le loisir de relever le plan de
quelques-uns, quand aux autres, soit bouleversement causé par le temps et les
facteurs naturels, soit destruction barbare en vue d’un remploi de la pierre ou
bien d’un renouvellement vaniteux et ignorant, nous avons eu la consolation
amère d’en établir une liste presque complète et d’en admirer les vieux chênes
verts qui en ombragent les sites.
a- Parenté d’origine et originalité des
chapelles:
Nous avons pu distinguer trois groupes parmi les chapelles dont nous avons
réussi à faire le relevé et ceci d’après le plan et le système de couverture.
1- Le premier groupe comprend trois chapelles: la chapelle de Qinia, celle
de Mar Challita et celle du Felicium, formées, toutes trois, d’un vaisseau
unique, à plan rectangulaire fort simple, raccordé à une abside demi-circulaire
flanquée, généralement, de sacristies dans les réduits latéraux.
2- Les chapelles comprises dans la seconde catégorie sont celles à plan
simple à vaisseau unique et rectangulaire mais précédé d’un portique.
3- Les églises comprises dans le troisième groupe, celui qui englobe les
édifices à plan complexe, c.à.d. les églises qui possèdent deux nefs, peuvent,
à leur tour et d’après le système de couverture, être classées en deux types le
premier est voûté en berceau, le second est couvert d’une voûte d’arêtes.
Dans le premier groupe, à plan simple, la chapelle du Felicium, comme nous
l’avons déjà signalé, est d’abord une chapelle de château franc qui ne laisse
aucun doute, sur sa véritable parenté ou, sa datation.
Quant au style, au plan et au système de construction, elle peut être
rapprochée, sans risque d’erreur, de la chapelle-donjon des Templiers à la
forteresse de Castel blanc de Safitha,[3]
dont le plan est celui d’une chapelle romane à nef unique, qui a trois travées
voûtées en berceau sur doubleaux, une abside semi-circulaire couverte d’un
cul-de-four. De part et d’autre de l’abside, deux réduits rectangulaires,
communiquant avec elles, rappellent, toutefois, l’usage des deux sacristies,
intitulées Prothesis et Diaconicon, dans les basiliques syriennes de la période
paléo Chrétienne.
La chapelle du Felicium, de dimensions plus réduites, dessine un plan
presque semblable: un vaisseau unique rectangulaire raccordé à une abside semi-
circulaire, flanquée d’une sacristie évidée dans l’angle nord et donnant au
sanctuaire l’aspect approximatif d’un ouvrage carré. L’état actuel du Felicium
ne nous permet pas d’affirmer l’existence de la toiture en berceau ou bien des
arcs doubleaux, mais les données sur le terrain permettent, sans trop risquer,
de supposer, au moins, la couverture en berceau.
Le P. Lammens, en visite à Saydé tout juste au début du XXe siècle, écrit:
” En fouillant la colline appelée ”AI-Qalaa” et portant l’ancien fortin des
Hospitaliers de St Jean, on a découvert les fondements d’une seconde église,
identique pour le plan à la première.[4]
Nous avouons humblement ne pas avoir retrouvé les vestiges de cette seconde
église. A- t- elle été effacée par les travaux de terrassement faits sur la
colline ou bien a-t-elle été remblayée par les facteurs naturels?
N’oublions pas que l’église actuelle de Notre-Dame du Fort a emprunté la
plupart de ses pierres à l’appareil du château franc.
La seconde chapelle, celle de Qinia a un plan plus ou moins pareil à celui
du Felicium. Elle accuse presque les mêmes dimensions avec une seule porte
d’accès au nord-ouest et une sacristie au nord-est. Deux détails, apparemment
sans importance, donnent à chaque monument une personnalité autonome. La
chapelle de Qinia possède une abside emboîtée dans un chevet carré alors que le
sanctuaire du Felicium forme une semi-rotonde à l’intérieur, comme à
l’extérieur. Le second point de différence entre les deux chapelles c’est que
la sacristie du Felicium s’ouvre directement sur la nef par une entrée
principale et par un passage latéral sur le sanctuaire, alors que l’abside de
Qinia, continuant franchement les murs de rive de la nef, met la sacristie tout
à fait au côté nord de la chapelle et un seul passage latéral relie l’abside à
la sacristie.
Quant au troisième lieu, celui de Mar Challita, nous pencherions pour le
classifier dans la série des monuments environnants et ceci pour plus d’une
raison malgré les ressemblances qui le font rapprocher de la chapelle de Qinia.
Nous avons déjà insinué la possibilité de l’existence d’une chapelle juxtaposée
sous l’amas de pierraille qui encombre le côté nord de la chapelle. Or, nous
nous permettons, à la fin de cette enquête, de n’en plus douter. Deux lectures,
en effet, sont possibles dans le cas de cette église: ou bien elle a appartenu
au même peuple et à la même période historique que les autres monuments, chose
fort logique dans son cadre géographique et par conséquent, elle doit répondre
au même programme cultuel répandu dans la vallée cobiathine; ou bien, elle a
été construite plus tard. Or, cette dernière proposition manque, comme nous
l’avons démontré, ailleurs, de fond historique valable. Déjà Monseigneur
Zraiby, dans son manuscrit cité plus haut, se demandait, à distance d’un
siècle, sur l’origine de ce monument qu’il croyait pouvoir reporter, d’après la
tradition, au temps des Croisades.[5]
Le second groupe comprend les chapelles à plan simple mais raccordé à un
portique. Dans cette catégorie, nous avons réussi à relever les infra
structures d’une seule église, celle de Mar Nouhra à Fsaqine. Etait-ce une
petite église paroissiale ou bien desservait-elle une installation monastique.
Quand même, ce genre de plan, répondant parfaitement aux canons de
l’architecture maronite du Liban trouve une abondante application dans les
antiques églises de Jbail et Batroun. Rappelons, à ce propos, la petite église
du Saint Sauveur à Koubba, église à laquelle on attribue, normalement, mais à
notre avis, sans raison, une parenté franque alors qu’elle crie, hautement, ses
origines locales. St-Phocas d’Amioun qu’on attribue aux Croisés malgré sa
parenté libanaise.
Les chapelles de la troisième catégorie peuvent, à la rigueur, exposer au
doute leur communauté d’origine et ceci, si on se tient à certaines raisons qui
nous semblent superficielles: voûte en berceau ou voûte d’arêtes, la
distinction ne peut tenir lieu, ni de critère stylistique ni de moyen de
datation, car, au rapport de C. Enlart lui-même, les Francs firent en même
temps usage des deux systèmes de couverture indifféremment, en effet, dit le
célèbre archéologue, on rencontre parfois les deux couvertures dans le même
édifice. Si le berceau, de facture plus simple, se prête plus facilement à
l’exécution, l’arc croisé, avec tout ce qu’il peut comporter comme pilier,
pilastre, colonne, colonnette engagée et chapiteau, offre plutôt un décor
exubérant: ”Peut-être ces deux manières de voûter sont-elles celles de deux
régions ou plutôt de deux ateliers et non celles de deux périodes”.[6]
Il ne s’agit pas donc d’un critère ante ou post quem mais bien plutôt d’un fait
d’esthétique. Au point de vue esthétique les églises de Mar Sarkis et de Deir
”Nein” sont, en effet, beaucoup plus belles que leurs autres consoeurs. On
peut, cependant, objecter la différence de plan entre les églises de Ghozrata,
des Sts. Georges et Daniel à Chouita et celui des autres églises à plan double.
Nous pensons que cette différence ne tient pas débout étant plutôt imposée que
voulue.
Par respect des lieux vénérés, les anciens, par opposition aux
contemporains, mettaient un soin particulier à conserver les monuments
antérieurs. Les cryptes paléo-chrétiennes ou les chapelles postérieures
conservées minutieusement dans certaines grandes basiliques, en sont un vivant
témoignage. Nos églises ne se sont pas substituées aux anciens sanctuaires,
dans le sens strict du mot, mais elles ont été élevées sur le même site, le
nouvel ensemble englobant souvent ce qu’il y avait de valable dans l’ancien.
Nous avons signalé plus haut l’existence possible d’une ancienne crypte sous
l’église des Saints Georges et Daniel à Chouita.
L’église de Qammaa est encastrée dans un monument antérieur: Le linteau de
l’église antique est conservé dans la partie nord-ouest de la façade
occidentale de la chapelle nord de l’ensemble de Notre-Dame de Ghozrata.
Une version pense que le décalage entre les chapelles, soit à Chouita soit
à Ghozrata est simplement dû à l’existence, sur le terrain, d’un ancien lieu
sacré. Les constructeurs postérieurs, soucieux de l’intégrer dans le nouvel
ensemble, se sont trouvés dans l’obligation de lui flanquer les deux nefs de la
nouvelle église, lesquelles, de la sorte, sont devenues, pratiquement, deux
chapelles contiguës. Cette version ne peut, cependant, pas tout expliquer. Si
le décalage ou le retrait d’une chapelle par rapport à l’autre, parait motivé,
raisonnablement, par le désir de conserver les anciens lieux de vénération,
comment motiver les différences de mesure ou bien le désaxement central,
nettement sensible et généralisé dans ces chapelles-là? Nous nous trouvons face
à un programme cultuel à déchiffrer ou, mieux, nous affrontons, tout
simplement, un problème de conception de l’église en tant que telle, soit dans
le pays en question, soit chez un peuple déterminé.
Cette parenté d’origine de nos chapelles se manifeste aussi dans plusieurs
autres domaines, surtout dans le choix du site et le mode de la construction.
b- Le Choix du Site:
Trois constantes régissent le choix du site à travers presque tout le
Moyen- Orient.
La première c’est le choix d’un lieu élevé, montagne, colline ou n’importe
quelle excroissance dans un terrain plat.
Les points d’eau, sources, torrents ou citernes, conditionnent généralement
le choix du site aussi bien que la grande propriété sensée fournir les moyens
nécessaires à la subsistance des servants.
1- La montagne, choix et
symbolisme:
Placées dans un cadre géographique presque toujours pareil, nos églises se
dressent normalement sur un éperon dégagé du terrain adjacent au moyen de Ouèds
ou bien de vallonnements creusés sur trois de leurs côtés, le quatrième
faisant, généralement, partie intégrante de la montagne, de la colline ou de la
falaise qui surplombe.
Pourquoi le choix précis de ces endroits?
Il serait, d’abord, inexact d’affirmer la liberté des constructeurs dans le
choix de l’emplacement de nos monuments, car, en relevant de leurs cendres les
anciens édifices, ils ont réparé plus qu’ils n’ont innové.
Les églises, toutes ou presque, s’élèvent sur l’emplacement d’anciens lieux
de culte chrétiens qui s’étaient, à leur tour et parfois, substitués à des
temples païens, ils ont, d’autres fois, baptisé directement, quelques-uns de
ces temples antiques. Dans tous les cas, le site devient un critère de
classification fournissant la possibilité de regrouper les églises en trois
ensembles.
- Le premier regroupe à notre connaissance, quatre sites seulement: le
petit monument de Mar Challita qui s’est installé dans un coin du vaste temple
de Hilsban, la chapelle qui a revêtu la cella du temple dit Maquam er Rabb, à
Menjez et dont il ne reste plus rien et le petit temple d’Akroum transformé en
église.
- Le second, celui qui groupe les chapelles construites en remplacement
d’églises antiques élevées, elles-mêmes, sur l’emplacement de temples païens,
est représenté par plusieurs sites qui ont donné leurs preuves. Nous citons à
titre d’exemple le site de Qammaa dont le nom d’origine syriaque tient lieu de
preuve concluante, celui de Mar Doumith qui expose ses grandes jarres de
service dans l’actuel couvent des Carmes, ou bien la place de Saidet Chahlo
qui, quoiqu’elle vient d’être rénovée, garde comme un précieux joyau son
archaïque autel d’offrande phénicien.
- Quant à la troisième série, celle qui représente les chapelles en
remplacement d’anciennes églises, cette série regroupe un grand nombre de
monuments.
Notons, à ce point, un fait déjà remarqué par les archéologues.[7]
Les nouveaux édifices, bien qu’ils remplacent d’autres plus anciens, ne
suivent jamais, dans leurs fondements, les fondations antérieures de sorte
qu’on réussit souvent à suivre le tracé de ces dernières.[8]
A travers l’étude des plans déjà relevés, nous avons, parfois, souligné la
présence de ces antiques fondations. Nous pouvons dire, pour résumer, que si
les architectes de nos chapelles n’ont pas pu choisir, les anciens, eux, ont
choisi et librement, car preuve à l’appui, c’est toujours la même configuration
de terrain qui se répète. Pourquoi alors le choix de la montagne? Y a-t-il
quelque valeur sur le plan historique et religieux?
La montagne, thème traditionnel dans la Bible, symbolise, aux yeux du
peuple hébraïque « la demeure de Dieu »:
« Il arrivera dans les derniers jours
Que la montagne de la maison du Seigneur
Se tiendra plus haute que les monts
S’élèvera au dessus des collines …
Ils diront: venez!
Montons à la montagne du Seigneur,
A la maison du Dieu de Jacob. »[9]
Moïse reçoit les dix commandements sur la montagne. Abraham escalade la
montagne pour offrir son fils, en sacrifice acceptable aux yeux du Seigneur. Le
prophète Elie se retire sur la montagne du Carmel pour invoquer le Seigneur.
Dans le nouveau Testament, Marie ”abiit in montana”[10] afin que Jean soit sanctifié, avant terme,
par le Christ. Jésus, lui même, se retire sur la montagne pour parler à son
Père.[11]
Les Phéniciens du littoral libanais ainsi que les Cananéens de l’intérieur
choisissaient des lieux élevés pour dresser leurs temples. Les lieux de culte
païen, écrit le Père M. Nakouzi, se trouvaient souvent sur les sommets des
collines, des éminences et des montagnes comme on peut le constater dans les
temples phéniciens construits au-dessus des cimes du Liban... Ces temples se
trouvaient aussi dans les vallées où les ombres mystérieuses dérobaient, aux
regards indiscrets, certains cultes honteux.[12]
Le prophète Ezéchiel rapportant la parole de Dieu, s’écrie: ”Vous saurez
que je suis le Seigneur quand leurs morts (Cananéens) seront parmi leurs
idoles, autour de leurs autels, sur chaque colline élevée et sur toutes les
cimes des montagnes et sous tout arbre verdoyant et tout chêne vert noueux. ..”[13]
Le culte païen se déroulait soit dans les temples où, à part quelques rares
vases sacrés, se trouvaient autels et stèles[14]
soit, à l’extérieur des temples, dans des forets naturelles ou bien plantées de
main d’homme.[15]
La présence des stèles à l’intérieur des temples expliquait deux idées, en
principe, opposées, mais qui se retrouvaient en finale:
- Certaines pierres sont la demeure de la divinité[16]
rappelons, à ce propos le culte de la pierre chez les anciens arabes mais ces
pierres étaient, le plus souvent d’origine météorique, elles étaient appelées,
par les Sémites, Bet-Ael, demeure de Ael-Dieu, et, passées à la langue
française sous la forme bétyle.
- On prête, à ces mêmes pierres, des fonctions de maternité, ainsi qu’un
rôle de paternité, au bois.[17]
Dans le temple cananéen, le ”mât” constituait un élément très important,
représenté par le tronc ou le pieu sacré, le ”mât” symbolisait une idée
religieuse fondamentale chez les anciens Sémites, dans certains arbres, les
plus touffus et les plus gros surtout habitait la divinité. Les Cananéens,
réunis à l’ombre de ces arbres, reprenaient contact avec les âmes de certains
personnages illustres.[18]
Ainsi le ”mât” cananéen, la ”pierre dressée” d’Abraham l’hébreux, la montagne
monolithe phénicienne et le bétyle arabe, - les quatre peuples appartiennent à
la même race sémite - représentent la verticalité figurée par la priorité de
l’esprit sur la matière, la victoire de la vie sur la mort.[19]
Cet appel du divin, concrétisé en Mésopotamie, pays de plaines, par
l’originale ziggourat fixe ses temples sur les hauteurs du Liban.
2- L’eau:
Le choix du site est conditionné par la présence de l’eau. Celle-ci peut
jaillir d’une source et être jugée suffisante aux besoins prévus d’où le choix
de la colline, de la montagne ou de l’éperon qui en jouissent.
Parfois l’eau d’un puits ou d’une citerne conditionne le choix du site.
Cette eau peut avoir un caractère sacré, et être l’objet d’un culte
particulier.
Dans ce cas, elle est, le plus souvent, incorporée aux bâtiments de
l’église, tels sont, par exemple, les puits de Jacob, de la Samaritaine, de la
Vierge Marie à Nazareth, ainsi que la citerne de Cana, au Liban. En Syrie,
citons la célèbre Source Sabbatique, la Chabtouna des textes pharaoniques,
reliée au culte de Saint Georges et située aux environs du Crac des Chevaliers.
Le plus souvent, l’eau n’a qu’un caractère purement utilitaire. Il en est
ainsi de la plupart des citernes aménagées à côté, ou bien, sous un grand
nombre d’églises pour recueillir l’eau de leurs terrasses.
L’eau de ces citernes servait aux besoins liturgiques - ablutions
rituelles, baptême, eau bénite - au nettoyage de l’église et, surtout, à la
consommation.
A Safitha, un puits contenant une source, existe sous la cour à l’angle sud
de la façade occidentale de la chapelle-donjon, reste toujours vivant de
l’ancien Castel-Blanc des Croisés. On trouve de ces citernes à Tartous en
Syrie, et, au Liban, à Jbaïl sous le bas-côté nord en communication avec le baptistère.
A Saint- Phocas d’Amioun et à Saint-Sauveur de Qoubba, un puits existe derrière
l’abside. On vient de déblayer une large citerne derrière la chapelle sud de
Notre-Dame de Ghozrata.
D’autres fois, la position stratégique du site dicte le choix. L’eau de
source manquant, on a alors recours à l’eau de pluie: C’est ce qui explique les
nombreuses citernes, qui, recueillant l’eau des terrasses, desservent la
plupart de nos sites Cobiathins. Les monuments de la vallée d’Oudîn (Mar Elias,
Mar Elian et Mar Saba) font exception, ils sont desservis par une source à
grand débit, le nabaa-el Qabou. Une petite source, très appréciée jadis des
caravaniers empruntant la piste Halba-Cobiath, la Ain-ed Delbé, jaillit à
quinze mètres au sud de l’église de Fsaqine. La petite chapelle de Qlehta, cinq
kilomètres de marche à l’ouest du Felicium, n’est qu’à cent cinquante mètres
environ du cours de Nahr-el kébir.[20]
3- Le Domaine :
Une troisième constante est, cependant, observée lors du choix du site,
c’est le domaine ou la grande propriété sensée subvenir à la subsistance de
l’individu ou de la société de base. Toutes les églises du Cobiath, monuments
antiques ou églises de paroisse, jouissent d’un domaine, le “waqf”, géré par un
ou plusieurs responsables. Le waqf d’aujourd’hui représente, à la rigueur, la
grande propriété d’autrefois dont l’existence influençait normalement l’option
pour un site ou pour un autre.
Le waqf est, souvent, constitué par les restes de la grande propriété
auxquels des donations ultérieures sont venues s’ajouter. Nous avons signalé, à
ce propos, les chartes franques qui ont, jadis, établi les waqfs de certaines
églises latines d’alors.
Tous les sites où se trouvent nos monuments sont entourés de riches
terrains cultivables. Oudin, Hilsban, Chouita, Qamma’a sont rendus célèbres par
leurs sanctuaires. Nous pensons, cependant, que ce sont les richesses des lieux
qui ont été à la base du choix du site.
c- Un peuple: Un culte.
Dans notre aperçu historique, nous avons essayé de reporter la parenté des
anciens monuments religieux du Cobiath au peuple maronite habitant du Liban et
allié naturel des Francs. Malgré le silence des documents relatifs à leurs
origines, nous avons cerné, d’après l’enchaînement historique, la période de
leur fondation et l’identité du peuple propriétaire. L’archéologie peut-elle, à
ce point, faire écho à la lecture de l’histoire?
L’art de ces monuments, compris comme programme cultuel, peut, à notre
avis, jeter quelque lumière sur l’énigme de leur genèse et ceci pour deux
raisons:
- Les chapelles appliquent, d’une façon générale, les canons de
l’architecture religieuse maronite.
- D’autre part et, c’est là le point le plus important, nos chapelles ne
sont point orphelines, elles ne font que suivre le tracé d’un plan largement
appliqué à travers le Liban maronite.
Canons de l’architecture maronite
L’architecture religieuse chez le peuple maronite a fait l’objet de
plusieurs études. La dernière en date est l’oeuvre monumentale du Père Boutros
Daou.
Comme il est, dans notre intention, de trouver, tout simplement, une
parenté à nos chapelles cobiathines nous essayerons de les rapprocher de
monuments semblables dont la date de construction. la parenté et le style ont
été établis par le patriarche E. Addouaihi dans ses ”Annales des temps” et
confirmés d’une façon indubitable par le Père Lammens à la fin du XIX siècle.[21]
Les canons de l’architecture maronite ont été fixés, il y a longtemps,
d’une façon définitive. Le Patriarche Douaihi en avait réuni les principaux
éléments dans un ouvrage intitulé ”Manarat el Aqdas”, éléments recueillis vers
le milieu du XVII siècle, d’après ”la tradition et les recommandations des
Anciens Pères”.
Les lois de l’architecture maronite ne forment pas un tout originaI: il y
en a qui sont communes à toute architecture religieuse et, si jamais il y a
originalité, celle-ci ne concerne pas les détails architectoniques, mais bien
plutôt le symbolisme particulier donné à cette architecture.
Au rapport du même Patriarche.[22]
” les Saints Pères ont divisé les grandes églises en trois parties: le
sanctuaire (le Saint de Saints) le choeur (le Saint) et la nef, les trois
parties correspondent aux trois personnes divines. Ceci apparaît nettement dans
nos anciennes églises, en particulier dans l’église Mar Mama à Ehden construite
en l’année 749; et l’église Mar Saba à Bcharré datée de l’an 1112...”
- Le Saint des Saints:
” ... Quant au Saint des Saints, écrit le patriarche Addouaïhi, il était,
auparavant caché. Les Pères ont ordonné d’y ouvrir deux portes, en deçà et en
delà du choeur (Saint) et que les fidèles y pénètrent de la nef. Il a été
transformé en Khizanat (armoire). On y a dressé un petit autel, au centre. A
droite, on a élevé la coupole du baptême. Il y avait une place pour ” l’Arche
des Sacrements”, les habits du service religieux, les outils sacrés, les livres
liturgiques, les reliques des saints, ecc...
… On y élit les archiprêtres (le chef des prêtres) on y commence
l’ordination des diacres et des prêtres. On y transfère les restes des
mystères, on y bénit les enfants et on y fait les processions...”[23]
Dans le Saint des Saints, en plus des sièges destinés au clergé, il y a le
tabernacle ou” l’Arche des Sacrements ”. Celui-ci contient quatre objets: le
corps du Seigneur, le saint chrême, l’huile sainte et l’eau du baptême.
- L’autel:
“Les Saints Pères, continue Addouaïhi, ont établi que l’autel soit en
pierre, symbole de la pérennité du sacrifice...”
“... L’autel doit être en pierre de forme rectangulaire car c’est une table
plus longue du sud au nord que large d’est en ouest, pour porter le missel,
l’encens et les autres livres de prière...”
Un ou plusieurs degrés doivent précéder l’autel, car il est assez élevé du
sol, comme il doit être isolé du mur de l’abside pour permettre au clergé de
faire les processions.
“L’autel doit être concave pour permettre le ramassage des restes sacrés,
comme il doit être percé, à l’est, d’un trou pour y placer les saintes
reliques, celles-ci pouvant être retirées au moment voulu...””
… Les anciens Pères, ainsi qu’on peut s’en rendre compte dans l’église Mar
Saba à Bcharré et celle de Notre-Dame à Alep, ont ordonné qu’il y ait au-dessus
de l’autel, dans les grandes églises, une belle coupole soutenue par quatre
colonnettes et fermée par quatre rideaux, comme elle doit être surmontée, aux
coins, de quatre statues représentant les quatre anges ou les quatre bêtes de
l’Apocalypse. La coupole doit être surmontée d’une pomme et celle-ci d’une
croix”.
- La Nef :
La nef de l’église se composait d’un ou de plusieurs vaisseaux.
L’église à vaisseau unique inspirée, primitivement, de l’architecture de
l’andron antique a vu le jour au mont Baricha en Syrie du nord, vers le milieu
du IV s. Ce modèle de nef, simple et facile à construire fut très répandu parmi
les Maronites du Liban surtout durant la période de décadence qui frappa l’art
syriaque après l’invasion arabe du VII siècle.
- Le plan de l’église de type basilical a vu le jour, en Syrie du nord, au
Jabal Semaan en particulier. Dans tous les cas, la basilique maronite de Syrie
devait avoir les éléments suivants:
a- Une nef rectangulaire divisée en trois vaisseaux par deux séries de
colonnes.
b- Ces colonnes devaient être surmontées d’arcades.
c- Une série de fenêtres percées dans les murs de rive de la nef centrale.
d- Le vaisseau central plus large que les collatéraux, doit s’élever au
dessus de ces derniers et être couvert d’une toiture à deux plans inclinés.
e- Les collatéraux ont une toiture inclinée à plan unique prenant racine
au-dessous des fenêtres du vaisseau central.
f- Une toiture faite de bois couvert de tuiles rouges.
L’intérieur de la nef était vide de tout siège. Ainsi, la tenue verticale
était la position rituelle des fidèles durant les cérémonies liturgiques. Les
prières étant longues et réitérées (trois fois par jour pour de longues heures)
les prêtres et les fidèles, les plus faibles en particulier, s’appuyaient sur
des bâtons.
“Nos Pères du siège patriarcal d’Antioche ont négligé l’emploi des chaises
et se sont donné l’obligation de prier debout selon la parole du Seigneur: “Si
vous vous levez pour la prière dites: Notre Père, qui êtes aux cieux...”
L’histoire nous renseigne que les disciples de notre vénérable Père Maroun
ont passé toute leur vie debout, de jour comme de nuit, divisés en deux choeurs
devant la porte royale... quant aux prêtres et aux diacres, ils s’appuyaient
sur des bâtons pour soutenir le corps affaibli, alors que les supérieurs
prenaient place sur des sièges, vu la dignité à laquelle ils étaient parvenus.”[24]
Les fidèles maronites n’employèrent pas les chaises dans leurs réunions
liturgiques auxquelles ils assistaient debout.
Les plus faibles avaient recours, eux aussi, à l’appui de bâtons quand cela
était vraiment nécessaire.[25]
La nef contenait, par contre, ” les lutrins, les minbars, les fonts
baptismaux, les bassinets de l’eau bénite, les miroirs, les oeufs d’autruche et
les naqous ecct ...”.
Ces objets étaient disposés de la façon suivante:
a) Deux pupitres étaient placés de part et d’autre du chancel pour la
Prière Universelle qui était faite de jour et de nuit: on y lisait les
Ecritures Saintes le martyrologe et la vie des saints.
b) Le minbar ou béma qu’on dressait dans la nef était placé par les uns, au
bas de l’église, par d’autres au centre et par quelques-uns au nord du drabzoun
(chancel) on y faisait, la lecture des Epitres, des Evangiles, le sermon et la
bénédiction du Saint Chrême...
c) Dans la nef, on place aussi les fonts baptismaux, ils étaient,
autrefois, déposés à l’extérieur de l’église ou bien sous le portique, car
l’accès à l’assemblée sainte était permis au seul ”enfant de lumière”,
Les fonts baptismaux furent ensuite transférés à la Khizanat (trésor) car
il y a là « l’arche des sacrements »[26]
(Errazat) comme on peut s’en rendre compte dans l’église de Mar Saba à Bcharré[27].
On avait l’habitude de placer, suspendue au dessus du bassin, une colombe
symbole de l’Esprit. Le bassin était, naturellement, taillé dans la pierre.
d) D’autres bassins étaient déposés dans la nef. Ils servaient à recevoir
l’eau bénite le jour de l’Epiphanie ou bien en d’autres circonstances.
e) On y suspendait aussi des miroirs ronds et des oeufs d’autruche, tout
ceci avait un symbolisme précis.[28]
f)” Dans la nef, on plaçait les naqous (tocsins) pour appeler les fidèles à
la prière”[29]
- Le sanctuaire, divisé généralement en trois parties, comprenait le Saint
des Saints avec deux chambrettes à ses côtés.
- Le Saint des Saints est parfaitement orienté.
- Le Saint des Saints est relié à la nef par un arc ou une arcade.
Soulignons, à ce point, que ces canons de l’architecture maronite ne s’appliquent
pas, seulement, aux églises de la Syrie antique, mais il est fort aisé de les
lire dans les anciens édifices sacrés du Liban telles les églises de Faqra,
Ghiné, Zehrani, Khaldé, Jbaïl et bien d’autres. Les deux siècles qui suivirent
la conquête islamique virent peu à peu l’essoufflement du dynamisme artistique
et culturel du peuple maronite. De cette période nous gardons l’église de Mar
Mama à Ehden, la seule datée jusqu’à présent, c’est une petite église, de type
basilical mais à deux nefs. La séparation est faite par une série d’arcades sur
colonnes, l’abside, cependant, semi-circulaire, est empâtée dans un ouvrage
carré qui semble postérieur à l’église.
- L’abside:
A propos d’abside, disons que, pareille à celle des antiques églises, elle
devait être échancrée à l’intérieur alors que l’extérieur était saillant et de
forme semi circulaire comme on peut constater cela dans les églises d’Ehden
(Saint Georges) et de Kferhai.[30]
Quel était le nombre des absides dans la basilique maronite ? ”Les
églises indigènes à collatéraux, écrit C Enlart, ont souvent une abside unique,
les collatéraux se terminant à l’est par un chevet droit. Par contre, les
églises des Croisés qui ont des bas-côtés possèdent trois absides. ..[31]
A l’origine, l’architecture syriaque disposait d’une abside pour chaque nef,
le système appliqué, pour la première fois, dans les églises de Qalaat Simaan
au VIs., se généralisa dans les basiliques syriennes et devint plus tard une
loi de l’architecture religieuse européenne du Moyen-âge.
L’abside semi-circulaire était-elle de rigueur? La règle du sanctuaire
semi- circulaire, à l’extérieur comme à l’intérieur n’était pas aussi rigide et
pouvait avoir d’autres applications comme le plan qui consiste à donner à
l’extérieur seul des absides, le tracé polygonal, primitivement très fréquent
dans les basiliques syriennes. On peut constater cela dans la célèbre basilique
de Saint Siméon le stylite au nord d’Alep. (VIes.)
Les anciennes absides étaient, normalement, flanquées de chambrettes
carrées utiles au service de l’église; c’étaient des sacristies appelées par
les Grecs, prothesis et diaconicon, et, par les Latins secrétariats.
L’avènement des Croisés redonna du souffle à la construction religieuse du
Liban. Les architectes maronites du XII s. remirent en honneur l’esprit de leur
architecture sans, toutefois, le culte du détail.
Ainsi, la basilique de Mar Daniel à Hadath el Jobbé, datée du Xllème siècle,
avait trois absides dégagées et semi-circulaires. L’église, précédée d’un
portique voûté, avait une belle coupole.[32]
L’église de Maad (Jbail) avait trois nefs, celle de Sghar Jbail en avait
deux, raccordées à deux absides, alors que les trois nefs de l’église de
Rachkida (Batroun) étaient reliées à trois absides et précédées d’un large
portique. Une variété intermédiaire consiste en une abside et deux niches: le
vaisseau central est raccordé à une belle abside emboîtée dans un ouvrage carré
alors que les murs est des collatéraux sont droits et percés de simples niches.
L’appui de ces niches servait occasionnellement de table d’autel; la
disposition, d’origine orientale, passa au XII s. en Europe. Rappelons que
l’église Saint Saba de Bcharré en était un bel exemple.
« Il ne fait aucun doute, écrit le P. Lammens, que les Maronites ont
négligé la construction des absides circulaires depuis qu’ils se sont
rapprochés des Latins dans le style de leurs églises et dans leurs traditions
liturgiques. »[33]
Pourquoi donc une abside dans une église? Est-ce, simplement, un besoin
matériel comme le laisse entendre le grand historien maronite:
“Il faut, toujours, que le maître autel soit seul afin qu’on puisse faire,
autour de lui, les bénédictions, les processions et les cérémonies liturgiques
prescrites par les Pères: Pour cela, ils ont ordonné de construire une abside,
autour de lui, du côté de l’Orient afin de ne pas le gêner par un mur
avancé...”[34]
Nous pensons plutôt au symbolisme fondamental qui a été à la base de
l’invention de la coupole. Le Père B. Daou écrit à ce propos: ” On a pris en
considération le sens symbolique qui a revêtu les absides et les coupoles d’une
sacralité particulière car elles furent considérées comme symboles avant-
précurseurs du ciel... l’arcade et l’arc ont symbolisé la victoire comme
l’Orient a été source de Lumière...[35]
- Escaliers:
Des escaliers desservaient les terrasses des églises maronites. Ces
escaliers pouvaient avoir plusieurs formes et dispositions. Quelques-uns,
droits et étroits étaient aménagés dans l’épaisseur des murs ainsi qu’on en
peut constater des vestiges dans le mur médian de Saint Georges à Chouita ou
bien dans les ruines du Deir à Qinia; d’autres étaient encastrés dans les
triangles déterminés par l’empâtement de l’abside dans un chevet droit comme à
Notre-Dame de Ghozrata. D’autres escaliers étaient à vis, comme à Tartous.
Parfois, l’escalier droit ou bien à vis, se logeait dans une tour carrée
adossée à la façade de l’église comme à la chapelle Saint Sauveur de Qoubba
(escalier à vis).
Une église du XII Siècle,[36]
comme celle de Sainte Catherine à Enfé, était desservie par deux escaliers
placés haut, le long des murs de rive, à l’intérieur de l’église, et à moins
d’un mètre des angles de la façade occidentale.
Au départ des Croisés et sous les restrictions imposées par les Mamelouks,
l’art religieux maronite subit une véritable crise qui se prolongea jusque sous
les Ottomans.
Les églises perdirent l’éclat de leurs aînées syriaques et devinrent des
lieux de culte presque informes. Réduites à de simples salles, sans aucun
aspect artistique, courtes, étroites et fort basses, les escaliers, faute de
place, furent disposés à l’extérieur des églises. De longues dalles de pierre,
mises à un certain niveau du sol et fichées parmi les assises du mur, d’une
façon graduelle, menaient jusqu’à la terrasse. Pour y accéder, on avait besoin
d’une échelle, corde ou bois, qu’on plaçait et retirait à volonté, selon les
besoins.
d- Reflets:
Les monuments du Cobiath peuvent, sans aucun doute, s’inscrire dans la
ligne maîtresse de la tradition architecturale syriaque, mais ils représentent,
toutefois, les parents pauvres auprès de leurs riches ancêtres syriens. Vus à
la lumière du passé, on y relève les mêmes constantes structurales:
1- Un-emploi mixte de lignes courbes et de lignes droites:
- La ligne courbe est visible dans les arcs et arcades en berceau, abside
en cul- de-four, arc triomphal, arceaux et arcades sur colonnes ou piliers.
- La ligne droite est, cependant, moins fréquente, elle est représentée
dans les pignons triangulaires, les toitures en pierre - dalles sur consoles -
et dans certains cadres des portes et des fenêtres.
2- L’emploi de l’arc en berceau est constant.
3- En principe, les pierres sont taillées de façon à se tenir enchevêtrées
l’une dans l’autre, sans aucun liant. Le crépi cobiathin est motivé par la
pauvreté des matériaux et parfois par la peinture.
4- Une même forme de linteau se retrouve dans les lignes courbes c’est un
long et large monolithe évidé en arc en berceau.
5- Un même style préside à la facture des citernes, goulot étroit, panse
ovale élargie en tonneau, le tout est couvert d’une dalle carrée perforée ad
hoc pour livrer passage à la corde et au vase d’usage. Généralement, le terrain
environnant est en affinité avec la citerne; il a reçu une préparation
appropriée; rigoles, bassins et rainures couvrent le banc rocheux pour
recueillir une quantité maximale d’eau de pluie.
6- Les mêmes traditions se retrouvent dans les cérémonies funéraires, On
retrouve les mêmes tombes soit à arcosolium (longueur = deux mètres environ;
largeur variant entre 70 et 80 cm sur une profondeur d’un mètre) soit tombes
sub divo couvertes de grandes dalles biseautées.
7- Les mêmes formes de croix se répètent d’une façon constante: Croix
syriaque à bras libres ou pattés ou bien la croix inscrite dans un cercle
d’origine pré-chrétienne.
8- L’abside revêt plusieurs formes normalement elle est flanquée de
sacristies, une ou deux selon les nécessités et les circonstances.
De forme circulaire ou octogonale, l’abside est saillante ou prise dans un
massif carré, parfois simple et souvent ornée. Plus tard, à partir du 8ème
siècle, surtout durant la période franque, l’abside, pour des raisons de
sécurité, sera prise dans un massif carré.
9- Citons enfin un dernier trait: La forme des latrines employées dans les tours des reclus ou les colonnes des stylites a été largement adoptée dans les châteaux forts du Moyen-âge sous forme d’échauguette.