le scoutisme du 3e millénaire
par Dr. Antoine B. Daher

 

1- Introduction

Le scoutisme a été construit par Baden-Powell à partir d’une longue expérience des jeunes et de l’observation du garçon, de ses besoins, de ses caractéristiques psychologiques, mais aussi du constat de l’insuffisance du système éducatif traditionnel et des difficultés rencontrées par certaines familles. Il a cherché à former des jeunes citoyens joyeux et utiles à leur pays. La méthode scoute a ainsi contribué à former des millions de jeunes. Enrichie par une expérience de près d’un siècle  elle reste étonnement moderne et adaptée aux jeunes d’aujourd’hui. Sans prétendre être exhaustif, nous vous proposons d’en examiner les traits essentiels. Pour Baden-Powell, les jeunes ont tendance à se créer un monde à eux, le « royaume des garçons », distinct de celui des adultes, possédant ses règles et ses références propres. En lui fournissant un cadre de jeu et une méthode, le scoutisme répondait à ce désir spontané.

 
Cette tendance s’est accentuée au cours du XXe siècle. La société a ainsi vu émerger l’adolescence, non seulement comme une classe d’âge, mais aussi, depuis les années soixante, comme une véritable classe sociale, pourvue d’une culture spécifique.

 
Dans le même temps, les recherches psychologiques les plus récentes ont mis en évidence l’importance du groupe de pairs dans l’éducation des jeunes ; celle-ci résulte beaucoup plus qu’on ne le pense généralement de l’influence des camarades de la même classe d’âge.

 
Enfin, les jeunes forment spontanément des groupes distincts de garçons et de filles. La tendance actuelle de les faire grandir partout et systématiquement ensemble ne nous paraît pas répondre aux besoins spécifiques des garçons et des filles aussi, à côté des lieux multiples où l’on rencontre une éducation indifférenciée, les Scouts du Liban proposent de prendre en compte les besoins propres des uns et des autres.

 
Baden-Powell assignait au scoutisme cinq objectifs de formation : le caractère, l’activité manuelle, la santé physique et le développement corporel, le bonheur (Baden-Powell, « Le Guide du chef Éclaireur » : « Le bonheur : comment jouir des manifestations de la vie qu’on trouve dans la nature… ») le service d’autrui. Il ne négligeait pas pour autant la dimension religieuse, souhaitant donner au garçon « un christianisme pour la vie de tous les jours et pas seulement une religion du dimanche " C’est le Père Sevin qui a le mieux compris et su intégrer la dimension spirituelle aux objectifs du scoutisme.

 
C’est ce double héritage que veulent assumer les Scouts du Liban, lorsque nous affirmons rechercher le développement intégral de la personne humaine et son unité de vie.

 
Cette affirmation conduit à considérer que les cinq buts du scoutisme sont indissociables. Même si le « sens de Dieu » oriente tous les autres, le scoutisme doit veiller à un équilibre harmonieux, à ne pas privilégier un but au détriment d’un autre: trop d’activités physiques, trop de technique, trop d’activités religieuses…, tout excès dénature le scoutisme.
 

2- les objectifs

2.1 La santé et le développement physique
 

Les progrès médicaux et sanitaires n’empêchent pas qu’il faut toujours apprendre à un enfant à se laver, à être propre, à s’approprier les règles d’hygiène... Et tout chef sait que le travail reste considérable à certains âges Même si le sport s’est considérablement développé, nombreux sont les jeunes qui manquent de tonus, d’énergie, qui sont difficilement capables d’effort physique, d’endurance. La vie au grand air les y conduit et leur permet de retrouver un équilibre de vie en, harmonie avec la nature. A l’inverse, certains cèdent au phénomène du « culte du corps », et il est nécessaire de le remettre à sa juste place, de ne pas le sacraliser. La maîtrise de soi est devenue un des aspects essentiels de la santé aujourd’hui il faut apprendre aux jeunes à lutter non seulement contre l’usage du tabac, mais aussi contre la banalisation de la toxicomanie ou celle des expériences sexuelles précoces.

 

2.2 La formation du caractère
Les progrès spectaculaires du bien-être et du confort peuvent avoir pour effet d’affaiblir le caractère appuyer sur des boutons ne forge pas la volonté… Par les exigences de la vie communautaire à l’école de la nature, le scoutisme développe les qualités nécessaires à la construction d’une personnalité solide : Le courage, la volonté, la persévérance, le dépassement de soi… Il conduit chaque jeune à prendre progressivement confiance en lui. Il enseigne aussi la joie de vivre et invite chacun à une bonne humeur contagieuse Mais la formation du caractère ne se limite pas à ces vertus : aujourd’hui, dans une société surinformée, il faut aussi apprendre aux jeunes à faire preuve de discernement, développer leur jugement et leur sens critique. C’est là un des objectifs essentiels de la pédagogie des conseils.

 

2.3 Le sens du concret
En insistant sur le développement de l’habileté manuelle, de l’esprit pratique, du travail avec ses mains, le scoutisme favorise le développement d’autres qualités humaines qui, sans lui, risqueraient de rester enfouies. Il épanouit, équilibre et enrichit la personnalité.

 

2.4 Le don de soi
Le scoutisme est une école de service et de don de soi. Dans toute l’éducation scoute, la priorité absolue, c’est le service des autres. Cela s’apprend dès le plus jeune âge par la pratique de la B.A (bonne action.) qui doit devenir un véritable réflexe ! Le scoutisme vise ainsi à développer, à amplifier, à traduire en actes les capacités de générosité des jeunes, à éviter les replis égoïstes sur la pure satisfaction des désirs personnels. Allant résolument à contre-courant des préoccupations affichées par les sociétés contemporaines, le scoutisme fait découvrir que le véritable bonheur, c’est le don. Cette découverte est progressive : la B.A. est avant tout un « bon tour », pour faire plaisir. En grandissant, les jeunes découvrent que prendre des responsabilités, c’est se mettre au service des autres. Les aînés sont ensuite amenés à assurer des responsabilités au service de la Cité et de l’Église. Lors du départ routier, ils affirment consentir « au don de soi-même à tout venant »
 

2.5 Le sens de Dieu
Le scoutisme veut fournir à chaque jeune une occasion de découvrir Dieu, par la vie dans la nature, qui permet émerveillement et contemplation, par la vie avec les autres : une patrouille qui vit la loi scoute est un signe vivant de l’amour de Dieu ; les efforts fournis ensemble en s’entraidant, les moments de joie, les amitiés nouées par la vie fraternelle, sont autant d’occasions de sentir Dieu à l’œuvre à travers les hommes. Le témoignage personnel des aînés (chef de patrouille, chef, cheftaine) est essentiel dans cette découverte, par les temps de prière prévus dans les activités, la découverte du silence et du temps consacré à écouter, par la possibilité de rencontrer un prêtre, au camp ou pour la préparation des étapes de la vie scoute.
Aujourd’hui, où règnent le doute et la désespérance, le scoutisme offre à chaque jeune une chance de trouver un sens à sa vie. Pour nous, ce sens, c’est le Christ, qui est « le Chemin, la Vérité, la Vie » Le scoutisme permet de le découvrir.
 

3- Une méthode active

3.1 La Confiance
 

La confiance est le socle de la méthode. Le 1er article, « le scout met son honneur à mériter confiance » est le fondement de toute la loi scoute Le scoutisme prend le jeune au sérieux : Il le considère capable de s’engager en donnant sa parole : c’est le sens de la promesse, adhésion volontaire à une charte de vie : la loi scoute, parce qu’il croit en sa parole, le scoutisme fait grandir chaque jeune en lui donnant des responsabilités à sa mesure, de façon progressive et adaptée à son âge, à ses compétences ; Dans le même temps, le scoutisme conserve aux adultes leur responsabilité spécifique  celle de la prise de distance, du recul, mais aussi du contrôle et du témoignage.  Les adultes construisent le cadre dans lequel s’exerce le jeu scout, dans la plus large confiance possible.

 

3.2 L’action
Le scoutisme est action, jeu, aventure. Loin des bancs de l’école, loin des  manettes de jeux vidéo ou d’un écran de télé, il lui propose de concret du réel  pour aider les jeunes à être vrai il propose des vraies aventures à sa mesure bien sure. Il aide ainsi le jeune à quitter le virtuel pour  poser les pieds sur terre, tout en donnant corps à ses rêves, à son imagination,  à sa soif d’aventure. Aujourd’hui la concurrence est vive et il est souvent difficile de  motiver les adolescents. Sans doute faut-il faire preuve d’imagination, parvenir à renouveler nos thématiques de jeux et ne pas rester prisonniers de thèmes exaltants, mais situés historiquement et moins motivants. Sans doute faut-il aussi approfondir notre maîtrise des techniques de vie dans la nature. Elles constituent un élément essentiel du jeu scout, car elles traduisent une compétence réelle du jeune dans la nature ; le scout s’adapte, est capable de vivre bien avec des moyens simples, de parvenir à de belles réalisations dans des domaines variés. C’est l’une de ses fiertés.  Mais l’action ne se déroule pas que dans nature ou que par le jeu et la technique. La motivation et l’intérêt naissent aussi d’un sentiment d’utilité pour les autres. Nos activités doivent aussi comporter des actions de services concrets, efficaces et utiles, adaptées à chaque âge, et formatrices. La route s’y est engagée largement, mais les éclaireurs aussi.

 

3.3 Former des citoyens utiles à leur pays
En affirmant que le scoutisme, c’est le civisme à l’école des bois, Baden-Powell soulignait que la vie scoute dans la nature conduisait à s’engager au service de la cité. Notre charte, rappelle l’importance que le scoutisme attache à la formation de « l’homme social : il enseigne l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la vraie fidélité, le respect de l’engagement pris, le goût des responsabilités civiques dans le cadre des communautés naturelles. » Le scoutisme conduit progressivement à la découverte d’une conception chrétienne de la vie sociale, exprimée dans la doctrine sociale de l’Église, qui place au premier plan la dignité de tout homme.
 

La construction de Liban  est une autre dimension de notre scoutisme. Nous sommes convaincus que la redécouverte et la prise en compte de ses racines spirituelles communes est une chance pour construire notre pays  d’aujourd’hui. Il s’agit de bien engager chaque jeune à participer à la Nouvelle Évangélisation à laquelle nous appelle Jean-Paul II. A notre modeste place, nous y contribuons
 

 
4- Les Caractéristiques  de la méthode

Le Scoutisme fait confiance à l’enfant et au jeune. La confiance est fondée sur la Promesse, engagement libre et solennel de suivre la Loi Scoute, charte de vie commune.
La vie scoute se déroule dans le cadre de petits groupes autonomes selon trois tranches d’âge : les louvettes  et louveteaux (8-12 ans), organisés en  meutes ; les éclaireuses et éclaireurs (12-16 ans) répartis en patrouilles ; les routières et routiers (16-23 ans) regroupés en clans. Dans chacun de ces groupes, les jeunes font l’expérience d’une large autonomie et d’un apprentissage concret à la liberté, aux exigences de la vie communautaire, à l’accès progressif à des responsabilités de plus en plus importantes, adaptées aux capacités et aux compétences qu’ils acquièrent. Soutenus par l’action et l’exemple des jeunes chefs adultes, les jeunes participent à l’élaboration du programme de leurs activités
Pour répondre aux besoins spécifiques de leur développement physique et psychologique, les garçons et les filles bénéficient d’une éducation différenciée.
 
Le devoir envers Dieu : L’association s’efforce d’aider les jeunes à trouver le sens de leur vie, et, pour cela, à adhérer à des principes spirituels, à être fidèle à la religion et à accepter les devoirs qui en découlent.
 
Le devoir envers autrui : le Scoutisme forme des citoyens. Il apprend aux jeunes à se préoccuper des autres, par la pratique de l’esprit de service, en le manifestant dans son comportement quotidien et par des actions concrètes. Il développe notamment la loyauté et le dévouement envers les communautés d’appartenance : sa cité, son pays, le monde. Il conduit chaque jeune à participer à la vie de la société, dans le respect de la dignité de tout homme et de l’intégrité de la nature.
 
Le devoir envers soi-même : le Scoutisme conduit le jeune à se prendre
 lui-même en charge et à devenir acteur et responsable de sa propre vie.

 
5- Nos engagements

Nous nous engageons plus particulièrement envers les familles, les jeunes et la société :
 
Vis à vis des familles : Nous nous engageons à considérer que la sécurité physique et morale des enfants et des jeunes accueillis constitue un objectif prioritaire, à permettre le libre choix des familles en défendant la liberté et l'indépendance du Scoutisme, à apporter la meilleure information sur l'association de Scoutisme qui correspondra le mieux aux options et convictions des familles
 
Vis à vis des enfants et des jeunes : Nous nous engageons à offrir à chaque jeune des moments de joie et d'aventure par la pratique du Jeu Scout, à une obligation permanente de sécurité tout en favorisant l'apprentissage de l'autonomie et l'accès aux responsabilités, à être loyalement au service de chaque jeune, de chaque enfant, sans en attendre aucun avantage matériel à faire découvrir à l'enfant et au jeune, le respect de l’engagement pris et le goût des responsabilités civiques dans une société à sa dimension. Nous proposons aux jeunes d'élargir leurs horizons en allant à la rencontre des autres au-delà de toutes les frontières, en favorisant les coopérations et échanges internationaux et nationaux dans une démarche fraternelle à leur enseigner que le véritable chemin du bonheur est de donner celui-ci aux autres.
 
Vis à vis de la société : la volonté de sécurité a toujours été présente dans notre association elle se conforme strictement à des règles précises concernant la formation de leurs cadres et responsables, la sécurité des activités, tout en préservant un espace de liberté rendant possible la poursuite du jeu scout Notre  association a mis en place un programme de formation rigoureux et contraignant, riche et fructueux, garantissant à la fois le respect des règles administratives et celui de la méthode et des valeurs du Scoutisme en tant qu’association nous respectons les règles de sécurité, d’hygiène et, plus généralement, de protection morale et physique des mineurs.  Nous nous engageons à promouvoir la reconnaissance de la spécificité du Scoutisme par rapport à d’autres formes de loisirs. en particulier, nous affirmons la nécessité du maintien du caractère bénévole des cadres d’animation, de formation et de direction, pour ne pas faire du Scoutisme un métier ou une activité lucrative, mais lui conserver sa dimension humaine et sa force d’engagement et de témoignage personnel au service des jeunes  Nous entendons jouer pleinement notre rôle de partenaire naturel des pouvoirs publics pour élaborer la réglementation spécifique qui saura prendre en compte les spécificités du Scoutisme Nous participons à la vie de la cité par des actions au service de celle-ci, comme la protection de la nature et de l'environnement, les actions en faveur des jeunes en difficulté, les actions de solidarité
 

6- Conclusion

Je n’ai pas pu tout balayer, ni tout reprendre. Les Scouts du Liban, grâce à leur expérience enracinée dans la tradition scoute, à la qualité pédagogique de leurs équipes nationales, donnent les moyens de vivre à fond tous les éléments de cette méthode, harmonieuse et équilibrée  La méthode vit. Le mouvement aussi. Il doit tenir compte du contexte social et culturel dans lequel vivent les jeunes aujourd’hui. Le scoutisme ne peut se retrancher dans une tour d’ivoire ou une forteresse assiégée. Des adaptations ou des évolutions ont été et seront encore indispensables pour continuer d’intéresser les jeunes au scoutisme. Tout l’enjeu est de rien faire qui puisse dénaturer ou dévoyer une méthode qui reste pertinente et moderne, qu’il faut avant tout nous efforcer de connaître et d’appliquer le mieux possible. C’est la première mission de tout chef.


Pour le reste, ne cédons pas à la morosité ou à l’inquiétude devant les agressions extérieures. Restons confiants et sereins. Affirmons haut et fort que le scoutisme est une chance et une richesse pour les jeunes d’aujourd’hui, pour notre société, pour l’Église. Lançons-nous résolument dans notre mission. Faisons confiance à un mouvement qui a montré sa maturité et travaillons ensemble à construire le scoutisme du 3e millénaire.
 
 

Dr. Antoine B. DAHER
Scout Routier
Chef Troupe
Dit Flamant docile